Il parait que le discours sur l’écologie fait du tort à la cause végane…

Robin-Wood-Destroying-Nature-Is-Destoying-LifeHello!
Je voudrais aujourd’hui inaugurer une nouvelle rubrique du blog des mamans ours dans laquelle je parlerai des sujets un peu sensibles, non par amour de la polémique dans ce qu’elle a de plus violent, mais afin de faire avancer la réflexion.
Je commence donc avec un sujet qui me tient particulièrement à coeur, le discours qui se développe chez les véganes et qui tend à opposer véganisme/cause animale et environnementalisme/conservation. Si j’y réponds aujourd’hui c’est parce qu’il va à l’encontre de tout ce que j’essaie de faire, à savoir, créer des liens entre ces deux mondes.

Je prendrai deux exemples qui ont attiré mon attention au hasard de mes errances sur Facebook. Le premier est un article intitulé « Le véganisme ne vise pas la protection de l’environnement » et le second une image soulignée de la phrase « Pourquoi les gens sauvent les orangs outangs et pas les cochons? Spécisme! » (je cite de mémoire car je n’arrive plus à me souvenir sur quel site ou groupe j’ai vu circuler cette image récemment).

L’auteur de l’article explique que l’écologie ne devrait jamais être invoquée comme argument pour devenir végane car cela dévie de ce qu’est en réalité le véganisme et donc est source de confusion. Selon lui, les deux sujets devraient toujours rester bien distincts: on peut tout à fait être végane et se livrer à des activités polluantes comme on peut être un défenseur de l’environnement et se livrer à des activités spécistes non polluantes comme la chasse à l’arc par exemple. Techniquement, oui, mais techniquement seulement… C’est une définition de dictionnaire et les définitions de dictionnaire ne reflètent jamais la réalité. Ca a l’air très carré, bien pensé et pourtant cela pose un certain nombre de problèmes que je vais tenter de cerner:

1. Arrêtons ne nous monter les uns contre les autres

La première chose, c’est que ce type de discours créer des cloisons qui n’ont pas lieu d’être. L’auteur de l’article explique bien qu’il ne s’agit pas de discréditer l’une ou l’autre des causes mais de les présenter comme bien distinctes afin d’éviter la confusion donnant du grain à moudre aux détracteurs. Le problème c’est que c’est en cloisonnant que l’on jette le discrédit. C’est en disant « voilà où est la limite: moi, les autres, ne mélangeons pas tout », qu’on éjecte toute la complexité du débat, on le ferme.
Ca me renvois à la phrase « Pourquoi les gens sauvent les orangs outangs et pas les cochons? » opposant la protection des espèces au véganisme sous prétexte de dénoncer le spécisme ou d’éduquer les personnes sur ce qu’est le spécisme. Ce genre de phrase jetée ainsi à la volée illustre bien ce que j’essaie de montrer, à savoir que le cloisonnement conduit souvent à une sorte de stigmatisation. Lorsqu’on lit ces mots, on ne peut s’empêcher d’y entendre une sorte de mise en cause: « Oui, vous vous souciez des pauvres orangs-outangs ou des dauphins, bandes d’abrutis, juste parce que ce sont des animaux avec une image sympa et sans vous en rendre compte vous n’êtes que de sales spécistes».
La première chose que j’ai envie de répondre c’est que les gens ne « sauvent » pas les orangs outangs qui, aux dernières nouvelles, sont encore et toujours bien dans la merde…. Il existe des associations qui mettent toute leur énergie et leurs moyens pour tenter de leur venir en aide, comme d’autres associations luttent pour la libération des animaux d’élevage et c’est tant mieux. Que les deux existent est une bonne chose.
Ensuite, nous sommes là proche d’une forme de concurrence victimaire qui ne fait absolument rien avancer à part les polémiques vaines: on se soucie trop des uns et trop peu des autres. De là à y lire une dénonciation de ceux qui se battent pour des causes environnementales, il n’y a qu’un pas, vite franchit, et c’est bien dommage. Attention à ce que le mot « spéciste » ne se transforme pas en mot magique visant à pointer du doigt les uns et les autres, ceux qui s’en rendraient coupables en fermant toute possibilité de débat.

2. Les causes se rejoignent toutes dans leur dimension morale

Toutes les causes éthiques ont une seule finalité: faire le bien. Il est donc à mon avis nécessaire et bénéfique qu’elles se rejoignent et se complètent, que des ponts soient créés, sinon ce sont les mêmes arguments que ceux des abrutis carnistes lorsqu’ils déclarent:
« Excuse-moi mais je préfère m’occuper des humains que des animaux ». En invoquant cet argument malhonnête pour justifier leur insensibilité, ils font exactement ce que je dénonce ici: ils créent des cloisons et des hiérarchies entres les causes comme si servir l’une desservait l’autre alors que c’est en réalité tout le contraire! Et tous ceux qui se battent pour les animaux et ont été affligés par ce type de discours savent à quel point il est accablant et sclérosant, il ne fait rien avancer, il ne sert qu’à clore le débat. Mais demandons nous pourquoi cette phrase nous énerve tant? Car nous savons très bien que la façon dont elle compartimente les choses est absurde et que le bien supérieur englobe les différentes causes, parce qu’elles concurrent toutes vers le même objectif: la justice, la lutte contre la souffrance, la cohabitation vertueuses des êtres. C’est un peu le même mécanisme qui est à l’oeuvre lorsque quelque dit: « l’écologie n’a rien à voir avec le souci de l’animal » que l’on pourrait presque traduire par « Excuse moi mais je préfère m’occuper des animaux que des petites fleurs. »
Le souci de l’environnement n’est pas (seulement) le souci de l’humanité, c’est le souci du devenir de tout le vivant ancré dans la conscience profonde que tout est lié. Nous sommes dans le même bateau, nous, les orangs outangs et les cochons d’élevages. Nous avons tous à perdre dans le combat pour la sauvegarde de l’environnement.
J’ajoute que la question environnementale est, elle aussi, une question de justice, demandez aux représentants de peuples amérindiens qui font des kilomètres pour se rendre aux sommets sur l’environnement pour essayer de faire entendre leur détresse. Demandez-le aussi aux nombreuses victimes des grosses industries polluantes aujourd’hui. Il s’agit bien d’un combat pour la justice.

L’écologie comme le véganisme sont deux causes sous-tendues par une dimension morale importante et en cela, elles se rejoignent. Le végane qui baladerait en laissant partout dans la nature des déchets plastiques resterait techniquement végane (selon notre définition du dictionnaire) mais il passerait complètement à côté du sens de sa cause. Concrètement, en dégradant l’environnement, il causerait par ailleurs une souffrance animale immense. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans nos océans où les animaux marins sont étranglés par nos déchets et souffrent physiquement et de mille manières de la présence de ces déchets dans leur habitat.
Par ailleurs, j’ose ajouter qu’un écologiste qui chasse à l’arc ou qui est adepte de la mort bio (conf. la BD d’insolente veggie) à mon avis, si son impact sur l’environnement reste minime et techniquement acceptable pour un écologiste (définition du dictionnaire encore) passe à côté de l’essence profonde de sa cause. Quand quelqu’un comme Noel Mamère soutien la corrida, il est totalement à côté de la plaque. Sans dimension morale, sans un regard bienveillant sur les créatures avec qui il partage la planète, la cause écologiste n’a pas de sens. On ne s’y trompe d’ailleurs pas, la plupart des grands écologistes enracinent leur combat dans un amour profond et sincère des animaux, je pense à Jane Goodall par exemple.

Alors, me direz vous, pourquoi tous les écolos ne sont pas végétariens ou véganes? C’est là que ça devient intéressant!

3. Les divers arguments ne sont pas source de confusion mais de richesse

L’affirmation principale de l’article est que l’argument de l’écologie dans le véganisme apporterait de la confusion et serait une « source de distractions occultant les victimes ».
Loin de moi l’idée de nier qu’il existe un discours mettant en avant une écologie dans laquelle le souci de l’animal comme être sensible n’a pas sa place. Cette idéologie plaçant les préoccupations écologistes au-dessus toute autre considération vante les mérites d’un élevage raisonné, en harmonie avec la nature. Ceux qui tiennent ce type de discours tentent en général d’instrumentaliser les discours véganes sur l’écologie:
« Mais vous les véganes, vous vous dites écolos alors qu’en fait votre tofu est suremballé et vous mangez tous les jours avocats dont la production est hyper polluante! Il vaut mieux pour la planète manger peu de viande et locale, votre idéologie est nulle d’un point de vue écologique». Outre le fait que ce raisonnement est faux (mais je ne vais pas m’étendre là dessus c’est un autre sujet), j’ai bien conscience qu’il s’agit là d’une tentative de détournement du discours végane sur l’écologie. Mais, contrairement à l’auteur de l’article, je crois profondément que cette logique se développe non pas à cause des  « incohérences de certains militants » mais parce que les ennemis du végétarisme doivent aujourd’hui trouver des alternatives au traditionnel « Hum, c’est bon le steak » qui fait de moins en moins recette pour contrer les discours véganes.

Ce discours existe bien et il faut le combattre mais on peut le combattre seulement si on le prend pour ce qu’il est. Le portrait de l’écolo faisant attention à sa consommation d’eau et ne mangeant que des poules bio en se foutant royalement de leur souffrance est une image à laquelle je ne crois pas. Ces personnes ne se disent pas:
« Je me fous de la souffrance des poules, ce qui compte c’est que la planète se porte bien », ils sont, comme les autres, pris dans une logique de déni et se forgent des stratégies pour éviter d’avoir à changer tout leur mode de vie. Car en effet, mettre des ampoules à basse consommation n’a pas les même répercussions sociales et affectives que de se déclarer végétarien ou végane, soyons sérieux.
Un écolo logique devrait arrêter de consommer des produits animaux et pourtant force est de constater que cela se passe rarement mais pas pour les raisons invoquées dans l’article! Simplement parce que, peu importe la force des arguments, des résistances existeront toujours, aussi tordues, irrationnelles ou incohérentes soient elles. Lorsque l’on ne veut pas abandonner la consommation de viande parce que, pour un grand nombre de raisons on sent que c’est trop difficile, il est logique que l’on cherche à se justifier par n’importe quel moyen, ça s’appelle « se donner bonne conscience ». Ici, l’écolo en question ne se dit pas « je me fous des poules et leur souffrance », il se raconte que son mode de vie écolo, raisonné est plus du côté du bien que celui des véganes. Ca le rassure, il a la conscience tranquille.

Les contestations plus ou moins irrationnelles du discours végane existeront toujours, prendront des formes diverses et au fond, cela n’est pas très grave. J’irai même plus loin, plus le discours végane sera entendu, plus les contestations se multiplieront dans une tentative désespérée de l’arrêter et c’est tant mieux. C’est un signe que la cause se porte bien, progresse, quand les discours qui voudraient la discréditer cherchent de nouvelles stratégies. C’est un peu comme toutes ces campagnes de pub pour la viande: plus je vois l’Interbev dépenser des fortunes pour nous convaincre que la viande est bonne, plus je rigole car je me dis « ça y est, ils flippent! ».

Là où l’auteur voit de la confusion, je vois au contraire un discours qui s’enrichit et des contre-attaques qui évoluent au fur et à mesure que ce discours prend de l’ampleur.
L’écologie s’est invitée dans le débat végane et c’est tant mieux car elle l’enrichit, d’arguments supplémentaires, et crée des ponts. En parallèle, il y a des réactions et au fond c’est très bien aussi.

Craindre que ce discours sème la confusion sous tend quelque chose de plus problématique encore à mes yeux, l’idée qu’il existerait un discours sur le véganisme qui soit parfaitement « pur » et imparable, hermétique à toute logique de contestation auquel chacun sera obligé de se plier. Personnellement, je ne crois pas à la pureté d’une idéologie quelle qu’elle soit et à son infaillibilité. Je crois aussi que la contestation existera toujours, quand bien même nous vivrions dans une société complètement végane. Croire le contraire est un fantasme dangereux. Croire que se sont les fautes stratégiques et les maladresses des militants qui engendrent ces réactions est dangereux.
Le véganisme doit à mon avis pousser l’homme à questionner son rapport au monde et à la violence au sens large en lien avec tous les domaines de l’existence. Les idéologies cloisonnées ne prémunissent contre rien, la complexité est bonne est nécessaire.
La question du lien entre véganisme et environnement, loin d’être une distraction me semble une piste fondamentale que nous devons absolument continuer à explorer et faire exister en dépit de stratégies malhonnêtes qui tentent d’instrumentaliser ces questions à des fins commerciales et carnistes.

La photo que j’ai utilisée en début d’article fait partie d’une série du collectif de protection de l’environnement allemande « Robin Wood », je les trouve absolument magnifiques, elles illustrent parfaitement le fait que la destruction de l’environnement est une souffrance directe pour les animaux:

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