L’Enfer du plastique

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On apprend que le gouvernement vient de voter l’interdiction du plastique à usage unique pour 2040… Les écologistes rient jaunes devant ce qui devrait être vu comme un progrès mais qui ne fait que souligner à quel point nos responsables sont à coté de plaque concernant les enjeux les plus urgents de notre civilisation. Il faut arrêter avec le plastique tout de suite, il faut arrêter avec le plastique… hier. Il faut en finir avec cette catastrophe écologique mondiale qui nous menace bien plus immédiatement que le réchauffement climatique.

Ce qui m’attriste le plus, c’est que l’individu conscient du problème aura un mal fou à lutter seul contre ce fléau, j’en fais chaque jour l’expérience. Il est bien plus difficile de mener une vie sans plastique qu’une vie totalement végane dans notre société. Je parle souvent des difficultés du végétarisme en France mais je dois dire que certaines choses ont bien évolué, en particulier dans l’offre des produits. Au cours de ma vie, j’ai connu l’époque où le tofu était une curiosité rare dégoté dans une obscure biocoop pour quelques bobos new age utlra pointus, aujourd’hui on peut manger un burger végane imitant parfaitement la viande dans n’importe quel Buffalo grill d’autoroute… Il faut bien le reconnaitre et saluer les évolutions, éviter la viande est devenue de plus en plus facile dans notre pays. En revanche, éviter le plastique représente un parcours du combattant que je trouve par bien des aspects décourageant. On a beau tout faire pour tendre vers le « zero déchets », n’utiliser que des savons solides, n’avoir que du vrac à la maison, il y a toujours un moment où on est loin de chez soi et où on n’a pas d’autre alternative que l’achat d’un produit emballé ou d’un sac (parce qu’on a pas forcément sa collection de tote bag sur soi 100% du temps!).

Et là où le challenge se corse encore, c’est lorsque l’on devient parent. Il est encore relativement facile quand bébé est tout petit de refuser les jouets en plastiques (au moins certains) de choisir pour lui de beaux jouets en bois ou tissus mais quand il grandit et commence à être influencé par l’extérieur (parce qu’on ne les élève pas dans une bulle hein) alors là… Que celui qui a déjà regardé sa fille dans les yeux et lui a dit « non tu ne peux pas avoir cette Barbie que Mamie veut t’offrir car c’est trop polluant! » me jette la première pierre.

Un matin on se réveille et on se rend compte que, malgré la pleine conscience, malgré la lutte acharnée qu’on a menée depuis la naissance du petit chéri, le plastique est là, il est entré dans la maison, il fait partie du quotidien et vient grossir à sa mesure l’immense problème des déchets plastiques… Il y a ces petits paquets cadeaux que l’on ramène des anniversaire des copains, ces ballons que l’on donne dans les restaurants, dans la rue, ces cadeaux des proches et ceux pour lesquels on a cédé parce que ça lui faisait trop-trop-trop plaisir et qu’on a pas résisté.

Je me suis toujours méfiée du fantasme de perfection, je pense qu’il faut accepter que dans le contexte où nous vivons, il est presque impossible de mener une vie 100% zero déchet, à fortiori pour une famille. Je remarque juste que pour ce sujet en particulier, les vrais changements ne peuvent venir que des autorités.

Malgré tout, je crois fermement qu’il faut continuer de se battre au niveau individuel, chercher des solutions sans se torturer parce qu’on arrive pas à être parfait, se rappeler qu’il y a souvent des alternatives possibles et lâcher prise quand il n’y en a pas.

Je donne un exemple. Pour ses 5 ans, ma fille me dit que ce qui lui ferait vraiment plaisir c’est un chateâu de Barbie. Au moment où elle me fait cette demande, me vient à l’esprit cet abominable montagne de plastique et je suis déjà dégoutée. Je m’embrouille d’abord en disant quelque chose comme « Ecoute, je crois pas que ça existe un chateau de Barbie, je vais me renseigner mais c’est pas sur du tout… » Puis, après coup je me rappelle qu’il faut toujours tenter l’option « seconde main ». Et voilà qu’en quelques clics sur le bon coin je trouve le chateau de Barbie de ses rêves disponible dans une famille vivant à quelques rues de la mienne. Le soir même le chateau était là, un gros ruban autour et la joie dans ses yeux lorsque le grand jour est arrivé fut parfaite. Pas une seconde elle ne s’est inquiétée qu’il ne soit pas dans son emballage d’origine ou qu’il ait quelques marques d’usures, elle avait juste son château de rêve qui continue de l’occuper de longues heures de jeu. Je fais chaque jour de mon mieux pour ne pas la frustrer, la gâter comme elle le mérite sans renier mes principes et en posant certaines limites. Mais je ne cache pas que ça n’est pas toujours facile. Il y a en ce moment sur le marché de Noël ces immenses ballons à l’hélium en aluminium et bien entendu elle rêve d’en avoir un. Malgré la frustration que ça a pu créer chez elle (et chez moi car j’ai horreur de la voir triste!) j’ai toujours refusé cet achat et tenté de lui expliquer le mieux possible pourquoi je pense que ces ballons, même si ils sont jolis et donnent très envie sont un gros problème pour l’environnement et les animaux car on joue deux jours avec et ensuite ils polluent la nature pour des milliers d’années. Ca lui a fait de la peine mais je pense qu’elle a compris.

J’ai tenu à illustrer cette réflexion autour du plastique, la catastrophe qu’il représente et la difficulté de l’éviter, par quelques photos faites cet été lors de mon séjour en Crète. Il y a non loin de l’endroit où vit ma mère une plage abandonnée où s’accumule un nombre de déchets impressionnant. Cette plage est située de telle manière que les courants marins charrient les déchets qui s’accumulent en véritables montagnes. Cela faisait plusieurs années que je passais devant avec fascination et dégout sans jamais avoir pris le temps de m’y arrêter. J’ai eu envie de rendre compte de ce que je voyais, de la réalité de la Méditerranée et l’ampleur du challenge. Ironie, lorsque que je me suis enfin décidée à faire ces photos, un grand nettoyage venait d’être organisé par les habitants et la plage était incomparablement plus propre que ce que j’avais pu voir les années précédentes… pourtant, et c’est là que c’est interessant, elles montrent  pourquoi quand on atteint ce degré de pollution plastique nettoyer  réellement n’est même plus possible. En enlevant le plus gros, quand on regarde de loin on croit que la plage est propre, mais dès que l’on s’approche, on réalise que les micros morceaux de plastique sont partout, comme des filaments, des petits morceaux se mêlant à la végétation, au sable, et bientôt à nos propres corps. On comprends que l’on vit en enfer, un enfer que nous avons créé et qui se referme sur nous. Et pourtant, au coeur de l’enfer, la vie trouve son chemin comme l’illustre cette fleur délicate que j’ai photographiée crevant les lambeaux de plastique pour pousser, respirer. Elle suffit à me donner envie de continuer le combat.

IMG_2464.JPGOrdures collectées  lors du  nettoyage de la plage

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IMG_2463Lambeaux de plastique mêlés à la végétation

IMG_2458IMG_2460IMG_2461Les fleurs continuent de pousser